Terres rares (2)

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Terres rares (2) Stratégie chinoise

« Le Moyen Orient a du pétrole, la Chine a des terres rares ».
Deng Ziaoping

Terres rares Répartition dans le monde

… Détenir en sous-sol des gisements de ces terres rares serait donc une véritable aubaine et si l’on en croit la commission européenne (voir La guerre des métaux rare de Guillaume Pitron) la Chine produirait à elle seule 95% des métaux rares,
plus 84% de tungstène,
plus 61% de silicium,
plus 67% de germanium !
…!?
Mais que serait la richesse sans le savoir ? Il faut encore connaitre la valeur de ces nouveaux matériaux, maitriser leurs extractions, déterminer leurs usages pour la conception et la production d’objets complexes à commercialiser… là on se tourne en priorité vers la recherche pour rendre hommage à ses chercheurs, le premier d’entre eux, le père des terres rares : Xu Guangxiam et sa compagne Gao Xiaoxia dont l’histoire de leurs vies pourrait faire l’objet d’un film hollywoodien.

Pour être parvenue à la place qu’elle occupe en cet automne 2020, la Chine a du convoquer bien d’autres acteurs que ceux du « marché » et mettre sur pied une étonnante stratégie industrielle sur plus d’une trentaine d’années, un véritable PLAN, adaptatif, évolutif et permanent.
C’est l’histoire de cette Chine combattante et des métaux rares, symbole et pivot de sa politique globale. Une surprenante réussite toute en contrastes avec ces nombreux récits d’Etats africains ou d’Amérique du sud ordinairement dépossédés des gains de leurs propres ressources minières ou pétrolière par l’intrusion de pays riches et industrialisés venus exploiter et tirer partie eux-mêmes de ces richesses.
Pour expliquer ce succès chinois, il faut évoquer l’expérience de sa grandeur passée, de ce temps long des grandes civilisations, qui savent observer, enregistrer les défaites, faire preuve de lucidité dans chacune de leurs décisions et avancer pas à pas, « traverser le gué, en tâtant une pierre à la fois » : expérience mémorielle de ce qui fait la grandeur d’une civilisation.

La Chine s’est donc engagée dans la mondialisation, s’ouvrant au monde capitaliste tout en sachant surveiller ses arrières, dressant des barrières, protégeant sa monnaie et les bénéfices de son travail des opérations de carry trade sur devises, interdisant ce type de spéculation de la finance internationale.
Les sociétés étrangères alléchées par les bénéfices des coups de production et la valorisation de leur actionnariat se précipitèrent, délocalisant leurs industries, laissant les syndicats ouvriers manifester dans les rues… sans voir plus loin (!).
La crise de la Covid viendra souligner (la fable « la cigale se trouva fort démunie lorsque la bise fut venue… ») la pénurie de masques, de médicaments et autres pièces détachées bloqués tout là-bas dans l’Orient Extrême, en raison d’une Chine (atelier du monde) à l’arrêt, soumise aux aléas d’une pandémie, mettant du coup, ici, une France à l’arrêt, une population en difficulté, ridiculisant nos politiques (« gouverner c’est prévoir » ou « gouverner c’est choisir ») donnant une image pâlotte du pouvoir régalien… la théorie du bénéfice à flux tendus pour une mondialisation heureuse venant s’écraser sur le mur de la réalité soulignant d’un trait appuyé le fait que nous sommes bel et bien dans un monde en transition barré par des équipages sans boussole.
Un sujet crucial pour les temps qui viennent.

Dans le cadre de cette stratégie de défense des intérêts chinois, il faut ajouter les accords de joints ventures, système de coopérations consistant (in fine) à « troquer » l’accès à un marché intérieur de plus d’un milliard de chinois contre le partage des savoirs technologiques des entreprises qui s’y installent. Autre détail du PLAN à la chinoise.
Une ruche où bourdonne plus d’un milliard d’abeilles récolte beaucoup de miel… A ce jeu on apprend vite et, le succès aidant, on devient très créatif.

Couplée à cette stratégie de défense, la Chine a mis en place en toute discrétion une stratégie offensive plus opaque pour opérer à l’extérieur, s’assurer le plein contrôle du marché de certains minerais (terres rares compris). Dans son livre Guillaume Pitron évoque l’affaire Landisville, petite localité de Pennsylvanie, siège d’une société minière américaine extrayant et raffinant ces terres rares ayant révolutionner l’électronique en permettant sa miniaturisation (années 1985) grâce à la puissance de leurs alliages. Il relate la méthode chinoise en trois temps, consistant à organiser l’effondrement des prix en bourse des minerais visés en inondant le marché de sa propre production intérieure, de racheter à prix cassés des parts de cette société sous le couvert de sociétés écrans et rafler la mise et le contrôle de cette société pour une « bouchée de pain ». Bel exemple du toupet chinois allant titiller le géant américain sur son propre sol.
Ces super-aimants entrant aussi dans la fabrications du matériel militaire, radars, sonars, satellites, vision infra-rouge, radios, on comprend l’émoi et la stupeur des autorités américaines découvrant le pot aux roses. Certains spécialistes s’inquiétant des risques encourus, ces super-aimants de fabrication chinoise équipant les F16 américains (possible cheval de Troie)… on ne prête qu’aux riches.

La main-mise sur les terres rares place la Chine dans la position du dealer dominant fixant au jour le jour les prix à la hausse ou à la baisse selon ses intérêts stratégiques du moment.
Cette sécurité sur l’approvisionnement consolide ses positions dans les phases d’innovations et de recherches, l’assurant d’avoir toujours une longueur d’avance sur la fabrication et l’exportation des produits finis grand public.
Aux reproches qui lui sont adressés de France, la Chine répond : « Vos vignerons bordelais, bourguignons préfèrent vendre du vin que des raisins, n’est-ce pas ? »
Lorsqu’on connait la liste de ces produits labellisés « transition énergétique » liée aux terres rares (bicyclettes électriques, écrans LCD, accumulateurs, panneaux solaires …) on est fixé : « oui en effet… », sans oublier la production industrielle (turbines pour éoliennes, véhicules hybrides), le domaine de la santé (imagerie médicale, traitements médicaux), le monde de l’informatique et des médias, l’industrie de l’armement, la sécurité, l’espace.
L’énoncé des acquis chinois se confirme au regard de l’état de la R&D, du nombre de brevets déposés, du nombre de chercheurs en formations… On comprend mieux pourquoi le monde bascule côté Pacifique.

L’Empire du Milieu se présente donc en leader pour « guider » et faire entrer l’humanité dans ce monde d’après.
Un grand bond en avant bis propulsé à la vitesse d’une 5G s’imposant comme NORME de diffusion pour l’ensemble des communications !
C’est bien la marque d’une réussite technologique liée à la maitrise des ressources en terres rares (le gallium, minerais remplaçant le silicium pour la 5G détenu à 95% par la Chine).


Réveil en fanfare et télé-réalité pour illustré cet article.

C’est beau !
C’est pile côté vitrine.
Côté face c’est moins charmant.
Une pièce a deux côtés… Confucius ?
(;-))
A suivre prochainement côté face :
Terres rares (3) « L’envers du décor ».

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