Nuages hors normes

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De la classification de Luke Howard aux nuages hors normes.

 

 

 

Le monde, qui est si grand et étendu
Le ciel si élevé et lointain,
Tout cela je dois le saisir par les yeux
Mais il ne peut l’être par la pensée.
Pour te retrouver dans l’infini
Tu dois distinguer et ensuite rassembler.
C’est pourquoi mon chant ailé remercie
L’homme qui a distingué entre les nuages.

 

Goethe : « Hommage à l’anglais Lucke Howard pour son essai de classification scientifique des nuages ».

En 1802, Luke Howard porte un regard scientifique sur les nuages. Il les nomme, les classifie, note les étapes successives de leurs transformations.
Depuis, cette observation s’est affinée. Sondes et satellites sont allés au plus près voir ce qu’il se passait en altitude, tenter de comprendre cette gigantesque machinerie en activité permanente au dessus de nos têtes et nous renseigner sur ces étranges passagers tour à tour absents, gais, furtifs, sourcilleux, imposants, envahissants, inquiétants voire menaçants et dangereux qui troublent ou enchantent nos jours et nos nuits.
Souvent affairés à des occupations plus terre à terre, nous oublions que le nuage transporte sans frais et sans gaspiller d’énergie fossile ces gouttelettes d’eau si précieuses à notre survie. Je trouve l’humanité bien ingrate et proposerais volontiers à Emmanuel Macron d’élever une stèle aux nuages pour souligner l’hommage et le respect que leurs doivent la République et ses institutions.

 

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Hervey : « Planisphère » (Série NUAGERIE)

 

Nous savons aujourd’hui qu’il existe des nuages spécifiques qui n’apparaissent qu’à certaines époques de l’année et qu’à certains endroits précis.
C’est le cas d’un nuage de type rouleau baptisé LA GLOIRE DU MATIN.
Il se forme généralement en septembre aux abords du golfe de Carpentaria au nord de Queensland en Australie.
Comme son nom l’indique, LA GLOIRE DU MATIN apparait juste avant le lever du jour, s’annonçant par une incessante brise de nuit accompagnée d’un taux d’humidité excessif.
Pour la description, c’est un rouleau gigantesque pouvant s’étirer sur des centaines de kilomètres, un tube, un serpent se déplaçant à la vitesse d’un cheval au galop.
Pour les gens du pays, les aborigènes, LA GLOIRE DU MATIN appelé le « yippipee » annonce la fin de la saison sèche et l’arrivée de la période humide avec ses trombes d’eau. On danse pour le faire advenir.
Pour beaucoup d’autres c’est un événement à ne pas manquer.
Des gens viennent des quatre coins du monde pour assister au spectacle de GLOIRE DU MATIN ou pour surfer avec des aéroplanes sur cet imposant nuage et battre des records de vitesse ou de durée en l’air.
Le ciel d’Australie ne compte pas autant de vagues que l’Océan, dans le meilleur des cas seulement trois ou quatre GLOIRES DU MATIN par an mais ce n’est pas la rareté qui est exceptionnelle, c’est GLOIRE DU MATIN SOI-MÊME.

« Quand vous êtes sur LA GLOIRE, vous surfez sur un nuage et l’onde d’air qui l’a engendré est aussi claire que du cristal à traverser. C’est une expérience incomparable, la sensation suprême du vol à voile » dit un vélivole*.

 

Le même poursuit : « Au bout de 10 à 15 mn dans l’avion, le soleil commence à venir sur le dessus du nuage. Quand vous vous retournez sur l’énorme onde boursoufflée, avec le soleil doré apparaissant derrière elle, cela fait penser aux peintures de la Renaissance italienne. Vous jurerez être au paradis. C’est aussi sublime que ça. »

« … Aussi sublime que ça. » Je le crois.

 

 

*Citations tirées du livre « Le guide du chasseur de nuages » de Gavin Pretor-Pinney.

Le nuage en peinture.

Nuages jupitériens.

Nuages de condensation.

Le nuage et le militaire.

Tintin et les noctiluques.

Nuée musicale.