Jumelage-Fiction à partir d’une histoire d’eau.

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Piero della Francesca : « Baptême du Christ » 1449

Jumelage-Fiction à partir d’une histoire d’eau.
Druyes-les-belles-fontaines / Quillagua.

Druyes-les-belles-fontaines n’a pas de fontaine mais une flopée de sources. Pays vallonné couvert pour moitié de forêts poussant sur un sol calcaire, c’est un terrain propice aux circulations souterraines des eaux tombées du ciel donnant naissance à une rivière la Druyes (hydronymie) dotée d’un débit maximum en février et mars, minimum en aout et septembre.
Alors que canicules et sécheresses se succèdent et reviennent chaque année avec une régularité inquiétante sur une grande partie du territoire, ici dans le beau lavoir du village la source chante encore.
Un privilège … mais pour combien de temps encore ?
(Aout et septembre : le test).
Aussi, m’est venue l’idée de jumeler le village de Druyes-les-belles-fontaines avec un village plus lointain, qui (tout oasis qu’il fut) aurait hélas, connu un sort plus néfaste et serait tombé en peu de temps en son contraire, son image changée en négatif.
Sitôt dit sitôt trouvé, vous voici donc rendu(e) à la station de Quillagua, petit village au coeur de l’Atacama au Nord du Chili pour un méga jumelage, le terme soulignant ici son côté extrême (comme on dit méga feux, méga-octets) rapidement perceptible à l’image ci-dessous (agrandies en cliquant), et au fil du texte si vous lisez attentivement la suite.

Druyes-les-belles-fontaines

©hervey_chateau-druyes-dans-eau
Miroir d’eau, la Druyes
©hervey_sources-a-druyes
Le plan des sources de la Druyes
Château de Druyes XII
Druyes en Forterre
Druyes en Forterre

Quillagua

Oasis_quillagua_1
Oasis Quillagua
quillagua-desert
Quillagua
vtt au Chili
L’Atacama en vtt
Quillagua
Quillagua Oasis

Comme l’indique sa fiche Wikipédia, Quillagua serait le village le plus sec du monde située au nord du Chili, coincé entre le Pacifique et la Cordillère des Andes dans l’Atacama, région aride et plus vieux désert du monde.
Pourtant, sans remonter aux temps des incas et des conquistadores, dans le courant des années 1990 coulait encore le fleuve Loa né de la fonte des neiges de la Cordillère des Andes creusant son sillon dans le désert pour finir sa course dans le Pacifique.
A Quillagua l’agriculture était prospère, on y cultivait le maïs et la luzerne avec l’eau du fleuve, Quillagua était devenu un village touristique, on venait s’y baigner, Quillagua était une oasis dans le désert. Mais ça, c’était avant, avant 1990.
Aujourd’hui l’eau ne coule plus, le fleuve est un cloaque d’eaux stagnantes pollué à l’arsenic, le village se meurt.
Questions : Que s’est-il donc passé ? Pourquoi le fleuve ne coule plus ? Pourquoi cette pollution ? Pourquoi un tel désastre ?
Réponse : La fièvre de l’or rouge !

La vallée du fleuve Loa
Le fleuve Loa coule de la Cordillère des Andes. Sur son parcours, la vie (?).

La fièvre de l’or rouge : le cuivre.

Des mines de cuivre de Chuquicamata au village de Quillagua
Image satellite (Google) : des mines de cuivre de Chuquicamata au village de Quillagua

A une centaine de kilomètre au Sud-Est de Quillagua se trouve la mine de cuivre de Chuquicamata « la plus grande mine de cuivre à ciel ouvert du monde ».
L’extraction minière est l’industrie la plus polluante au monde, c’est aussi celle qui sait « le mieux se protéger« , entendez : échapper aux sanctions pour ses désastres humains et environnementaux.
Lorsqu’on découvre que le Nord du Chili est truffé de plus de 3000 exploitations minières, on se dit que cet or rouge est aussi porteur de malheur pour tous ceux qui gravitent autour.
Et dans ces cas là, on ne fait pas dans la dentelle, la démesure est partout.
Pour mémoire, un tracteur benne type Komatsu HD ou Caterpillar vaut XXX $, ces monstres de 8 m de long pour 7 de haut consomment 10 litres de gaz oil à la minute. A Chuquicamata, ils sont une centaine d’engins de ce type à monter-descendre du fond de la mine (environ 1heure), nuit et jour 24h sur 24 …
Ensuite, le minerai une fois remonté doit être broyé. Les grains sont trillés pour extraire de la gangue les différents métaux qu’ils contiennent. L’opération de raffinage suivante est très gourmande en eau, eau provennant de la fonte des neiges de la Cordillère des Andes qui alimentaient normalement les fleuves et les nappes phréatiques mais détournées et captées pour les besoins de l’industrie minière.
Mélangée avec de l’acide sulfurique et d’autres produits chimiques, cette eau sert à séparer, nettoyer, extraire le cuivre de la roche.
La teneur en cuivre du minerai varie de 0,5 % à 5 % ce qui sous-entend 95 % à 99,5% de déchets. De plus comme pour le pétrole, les gisements les plus rentables (TRE) s’épuisent ce qui signifie qu’il faut se donner de plus en plus de mal pour en trouver, et nécessité oblige, certains pionniers regardent ailleurs, l’espace et les richesses sous-marines (gratuites mais enfouies ou lointaines) attisent les nouveaux appétits … alors que les déchets sont laissés sur place aux bons soins de mère nature ce qui occasionne le « mécontentement » des « riverains ».
QUELQUE PEU, ON DEVINE.
A Chuquicamata, on reste serein, les réserves estimées sont conséquentes, en mesure de fournir du cuivre pour des dizaines d’années …
L’économie du Chili est devenue fortement dépendante de l’industrie du cuivre et le monde a grandement besoin de ce genre de métal (nous dit-on) pour électrifier son parc automobile … (lire Tout électrique ou « le poids du cuivre »).
Avec 30% de sa balance commerciale ce métal est toujours le «salaire du Chili».
L’avenir s’annonce radieux, les conflits aussi.

Quillagua village écocide.


De l’espagnol QUILLAGUA on peut traduire « eau légère comme une plume », ou encore « AQUI AGUA » par « ici l’eau y était ».
C’était bien le cas … fut un temps …
Mais Quillagua a bien changé. On sait pourquoi.
Toponymie et humour bien involontaire.
QUILLAGUA n’est donc pas cette oasis qui venterait la marque d’une eau minérale mais le nom d’un de ces villages du CHILI qui a bel et bien perdu ses espérances.

Moralité :
Druyes-les-belles-fontaines prend garde à ton eau !
Et vous, lointains banlieusards*, aussi !

*La Druyes alimente l’Yonne qui alimente la Seine … et puis l’eau c’est la vie !

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