Michelangelo Merisi dit Le Caravage 4

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Ce turbulent Prométhée de la peinture (IV)

Portrait supposé de Caravage dans "La flagellation du Christ"
Portrait supposé de Caravage dans « La flagellation du Christ » Musée de Naples

Le succès romain est grisant. Caravage est ennobli à la cour du Cardinal Del Monte, haute distinction qui va laisser libre cour à la frange orgueilleuse de son caractère batailleur, pas fait pour lui conférer un poil d’humilité, tout au contraire.
Il adopte aussitôt les signes distinctifs de cette rapide ascension. Le port de l’épée s’inscrit désormais autant dans sa vie que dans sa peinture. Dés lors ce n’est plus du tout la même musique. Cet objet emblématique va passablement compliquer sa vie, celle de ses admirateurs, celle de ses victimes.
Après plusieurs arrestations pour agressions armées, il est contraint de prendre la fuite et quitter Rome suite à une rixe qui tourne mal, une victime de haut rang cette fois, en la personne de Ranuccio Tomassoni lié à la maison Farnèse, laissant derrière lui dans la cité romaine une série de chefs d’oeuvres parmi lesquels la Madone des palefreniers, la Madone des pèlerins, le souper à Emmaüs
Commence pour lui une cavale de 4 ou 5 ans, chemin accidenté, jonché d’une riche production picturale qui le conduira de Naples à Syracuse, Messine, Malte pour finir par cette ultime tentative d’un retour sur Rome qui échoue tragiquement sur une plage de Porto Escole en Toscane
A son image, l’Italie vit elle-aussi une époque exacerbée par des tensions diverses, certaines villes toujours sous influences espagnoles (Naples), de quoi alimenter ce climat de frustration et de violence entre ceux qui pactisent avec l’occupant et ceux qui s’y opposent.
Caravage n’hésite pas à se mettre lui-même en scène, usant de la peinture comme d’un exutoire à des fins thérapeutiques, de pardon (diront certains). Dans sa fuite romaine il peint un second « David et Goliath », se représentant en Goliath, tête décapité. On peut y lire comme dans un journal intime.
Pareillement son « Cupidon endormi » (ci-dessous) est une violante satire de la représentation légère et amusée que l’on a coutume de voir en peinture. Ici, à contrario, l’ange de l’amour, bouffi et repu dort d’un sommeil profond et n’est pas prêt de se réveiller. Il a pris de l’embonpoint et ronfle dans l’obscurité du jour. L’artiste toujours aussi séditieux et réaliste n’a rien perdu de sa virulence.

Caravage Cupidon endormi Palais Piti Florence 1608
Caravage « Amour endormi » 1606 Palais Pitti Florence

Le succès romain se confirme à Naples. Commandes privées et publiques se succèdent. Son soucis constant est de rechercher le pardon pour son crime, obtenir la grâce des hautes autorités religieuses et pouvoir rentrer à Rome. Il met tout son art à disposition, poursuivant par la puissance de sa peinture une quête rédemptrice et un pardon. Cette sincère plaidoirie de plus de 4 années poursuivie sur terre et sur mer, de Syracuse à Messine à Malte sera compliquée mais efficace, convaincante.
Pouvait-il en être autrement ?

En Juillet 1606, muni des sauf-conduits et autorisations nécessaires, il s’embarque à Malte pour rejoindre Rome enfin.
Le destin en aura décidé autrement. Embarqué dans une épopée rocambolesque, tragique et solitaire, il meurt échoué sur les plages de Proto Escole tout prés de Rome.
Il avait 38 ans.

Hommage à Caravage sur la plage de Proto Ercole 2014
Monument en hommage à Caravage inauguré à Proto Escole le 18 juillet 2014

Prochainement, Confrontation Poussin-Caravage, mon explication au pied levé.

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