Florence : « Histoire d’un raté monumental : Vinci et Michel-Ange » I Premier épisode.

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Florence Palais de la Seigneurie
Palais de la Seigneurie

Quand la ville de Florence invitait Léonard de Vinci et Michel-Ange pour illustrer deux événements historiques à la gloire de la République sur les murs du Palazzo Vecchio. (Premier épisode).

Un contexte historique très bousculé.

En 1494, débutent en Europe le cycle des guerres d’Italie qui vont durer jusqu’en 1559, date du traité de paix de Cateau-Cambrésis qui mit fin aux hostilités.
En 1494 l’Italie devient ce terrain de jeu sanglant où vont s’affronter les armées des rois de France, d’Espagne, d’Angleterre, d’Autriche, et autres milices de la cité papale, de la sérénissime de Venise et des cités Italiennes déjà divisées et meurtries par des luttes fratricides depuis plus de deux siècles entre « partis » guelfes et gibelins.

En novembre de l’année 1494, Pierre II de Médicis est chassé de sa ville Florence, par une révolte populaire.
Le dominicain Savonarole est porté au pouvoir mais n’échappera pas au « Bucher des Vanités » quatre ans plus tard.
En 1502, le nouvel élu gonfalonier de Florence, Piero Soderini veut marquer les esprits, renouer avec les fastes des Médicis et célébrer : le retour de la République.
Le Palais de la Seigneurie (Palasso Vecchio) siège du gouvernement érigé en 1299 par Arnolfo di Cambio sera donc le lieu choisi pour inscrire dans ses murs le récit de ces héros de la République.
Machiavel et Amerigo Vespucci joueront un rôle important auprès du gonfalonier dans la mise en chantier du projet et pour le choix des artistes.
On confiera à Michel-Ange le soin de représenter la bataille de Cascina (1364) rappelant la victoire des florentins sur les pisans et à Léonard d’illustrer la bataille d’Anghiari (1440) qui décida de la victoire des florentins sur les milanais.
Deux hauts faits d’armes à représenter sur deux murs se faisant face, chacun de dimensions imposantes, 17m de long et 7m de haut dans la Salle du Grand Conseil ou salle des Cinq cent du « Vieux Palais ».

Florence Salle de Cinq cent au Palazzo Vecchio
Palazzo Vecchio, salle des Cinq cent

Michel-Ange

Michel-ange autoportrait

Jeune apprenti dans l’atelier de Dominico Ghirlandaïo, Michel-Ange étudie les fresques des églises de Florence et copie Masaccio.
Remarqué par Laurent de Médicis, il entre « en résidence » au Palais dirait-on aujourd’hui.
Il étudie la sculpture antique qui peuple les jardins.
La chute des Médicis et l’arrivée du briseur d’idoles le contraint à quitter Florence pour s’exiler à Bologne.
L’instabilité est une constance dans l’Italie du XVème (entre autre). A l’image de ces exilés-réfugiés d’aujourd’hui, les artistes de cette époque, munis de soft-conduits dans le meilleur des cas, vont par monts et par vaux d’une cité l’autre.
De Bologne, Michel-Ange regagne Rome pour une commande de deux sculptures, le « Bacchus » et de la « Piéta ».
Ce n’est que deux ans plus tard, faisant suite au retour de la République, qu’il peut revenir dans sa ville Florence.
Les nouvelles autorités mettent à sa disposition un énorme bloc de marbre de près de 6m de long qui gît à même le sol, abandonné depuis quarante ans dans l’une des cours de l’Opera del Duomo et sur lequel plusieurs sculpteurs se sont cassés les dents.
« Trop étroit trop de veinures » et surtout de dimensions colossales.
Michel-Ange relève le défit.
De ce marbre de Carrare sortira deux ans plus tard son « David« .
Les florentins découvrent, spectateurs hébétés d’admiration, cette oeuvre monumentale et assistent durant plusieurs jours à son délicat transport à travers la ville pour l’amener de son atelier vers son emplacement définitif : l’entrée du Palazzo Vecchio siège de la République.
C’est un véritable triomphe. Michel-Ange vient d’avoir 28 ans.
Ce triomphe de David contre Goliath symbolise à la perfection l’histoire même de la ville de Florence, cette petite Cité-Etat qui a su vaincre et conserver sa liberté face à plus grand qu’elle.
Dés lors, le nom du jeune sculpteur Michel-Ange touche au coeur les florentins et le plébiscite comme artiste compétiteur au sein de la Chancellerie.
C’est bien à lui, Michel-Ange que l’on confiera l’un des murs du la Salle du Conseil pour illustrer la bataille de Cascina.

Léonard de Vinci

Léonard de Vinci Autoportrait

En 1501, la République de Florence charge Léonard de Vinci de représenter à fresque sur le mur de la Salle de Cinq Cent la bataille d’Anghiari.
Il a bientôt 50 ans, sa réputation est immense, de ce fait les cours italiennes se disputent sa présence.
Il est (lui aussi) originaire d’un petit village de Toscane, Vinci situé à une journée de cheval de Florence.
Fils adultérin d’un notaire, il fut placé vers l’âge de 12 ans en apprentissage dans l’atelier du peintre Florentin Andrea del Verrochio.
Il y côtoie des garçons de son âge, Botticelli, Le Perugin, Ghirlandaïo, tous maitre et élèves en haute estime les uns des autres.
A la différence de ses camarades Léonard porte une attention passionné sur un monde plus vaste bien au-delà du seul domaine de la peinture.
Etre singulier, il sera ce jeune homme qui interroge la mécanique des fluides, observe le vol des oiseaux, oeuvre à la résistance des bâtiments, tout autant attentif à la géométrie des formes qu’aux sonorités musicales … c’est un « ingénieur », un chercheur solitaire toujours en éveil qui traverse son temps d’un pas léger, nomade toujours en mouvement, voyageant avec livres et peintures, consignant au jour le jour ses recherches dans des carnets, dessinant sans arrêt.
Accueilli par Ludovic Sforza à la cour du duc de Milan, Léonard y restera 27 ans … exerçant ses compétences en de nombreux domaines, hydrologie, organisateur de spectacle, peintre, sculpteur, inventeur de toutes sortes de mécaniques, jusqu’au jour où la soldatesque de Charles VII contraint son Prince à l’exil, obligeant Léonard à faire ses valises et partir à la recherche d’un nouveau protecteur … c’est sur ses chemins d’exil qu’il va croiser l’impétueux César Borgia, se mettant à son service, le suivant à la cour d’Urbino avant que lui aussi Prince déchu de ses fonctions … contraigne Léonard, ( ô insondable destinée), a revenir à la case départ : Florence sa « ville natale ». Là, en compagnie de Machiavel alors secrétaire à la Chancellerie il va se mettre au service de la République et participe au projet de détournement des eaux de l’Arno dans le but … d’inonder la ville de Pise rivale de Florence.
Sa participation spécifique à ce fait quasi militaire en faveur de la politique de la République de Florence et son immense réputation en font le candidat favori de la Chancellerie pour représenter la bataille d’Anghiari sur les murs de la Salle des Cinq Cent.

Peut-on s’imaginer l’attente des florentins faisant la queue Piazza della Signiora le jour de l’ouverture du Palais au public pour y découvrir les fresques représentant les batailles d’Anghiari et de Cascina peintes par les deux plus grands artistes d’Italie ?

Réponse lors des prochains épisodes.

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