Florence : « Histoire d’un raté monumental » II Deuxième épisode, Léonard de Vinci.

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Florence Palais de la Seigneurie
Palais de la Seigneurie

Quand la ville de Florence invitait Léonard de Vinci et Michel-Ange pour illustrer deux événements historiques à la gloire de la République sur les murs du Palazzo Vecchio. (Deuxième épisode Léonard de Vinci).

Attention travaux.

Léonard de Vinci Autoportrait
Autoportrait de Turin

Léonard installe son atelier dans une salle du cloitre de Santa Maria Novella le 24 octobre 1503.
Un contrat précise les frais de fourniture, la livraison d’échafaudage, le nombre d’assistants, les délais pour la livraison de la commande.
Des indications strictes sont aussi données sur ce que la Chancellerie souhaite voir de cette bataille au cours de laquelle fut ravi l’étendard ennemi, prise symbolique conservée comme trophée dans la chambre du gonfalonier de justice de la ville de Florence.
Par chance, Léonard a quelques fidèles partisans au sein de la Chancellerie dont Amerigo Vespucci qui le compare au peintre Appel de l’antiquité, référence qui atténue les exigences des commanditaires.
D’expérience, Léonard sait ce que représentent les batailles.
L’Italie est à feu et à sang.
Il a du quitter Milan assiégé par les français, chercher protection et se mettre au service de César Borgia … Pour Léonard, le mot bataille ne correspond pas à cette représentation qu’en a fait Paolo Uccello avec sa bataille de San Romano. Ce qu’il a vu de la guerre et des combats n’a rien d’un tournoi grandiose, étendards au vent où l’on glorifie l’esthétique guerrière.
Sa vision est plus prosaïquement, vue comme un phénomène naturel : vague, tempête, eaux rugissantes ou déluge, une représentation du monde en mouvement, tel une spirale, un tourbillon qui soulève et emporte comme fétu de paille. Il veut donner à voir cette réalité, réalité du combat, réalité de la guerre.
Il écrit dans ses carnets : « Tu montreras un fleuve où les chevaux galopent, et entre leurs jambes et leurs corps, la grande turbulence des ondes, des écumes et des jaillissements. Mais aie soin qu’il n’y ait pas un endroit plat où l’on ne découvre l’empreinte de pas sanglants ».
Cette obsession du mouvement fait de ses carnets de croquis le storyboard d’un metteur en scène à la recherche d’un langage cinématographique.

Vinci Dessin Bataille d'Anghiari 2
En bataille
Vinci Dessin Bataille d'Anghiari1
Croquis préparatoires : La lutte pour l’étendard, mouvement, vitesse, violence. On voit venir Rubens ou Delacroix.
Vinci Etude de personnage pour la bataille d'Anghari
Hurlement
Vinci Sanguine Bataille d'Anghiari
Commandement
Vinci Dessin pour la bataille d'Anghiari

Mais très vite devant le mur et ses enduits, Léonard rencontre des difficultés.
Le travail de la peinture à fresque ne lui convient pas, ça sèche trop vite, il est trop lent dans l’exécution.
Léonard préfère la technique de la peinture à l’huile pour ses glacis, superposant les couches donnant ces effets particuliers de transparences. La peinture à fresque et les tempéras ne permettent pas ces effets, aussi persiste-t-il à vouloir appliquer la technique de l’huile à la fresque.
Déjà La Cène de Milan peinte quelques années plus tôt sur les murs du réfectoire du couvant des dominicains en suivant ses propres expérimentations était contraire au bon usage recommandé depuis toujours pour ce type de peinture.
Et sans surprise, la fresque s’abime.
Nobody is perfect.
Les mêmes difficultés vont se présenter à Florence sur le mur de la grande salle du Conseil.
Malgré son acharnement et le retard pris dans la livraison de la commande en raison de ses nouveaux essais en atelier, les premier reports des cartons sur les murs de la Salle des Cinq Cent ne seront pas plus concluant.
Dépité, il notera dans ses carnets :  » Le vendredi 6 juin 1505, sur le coup de treize heures, j’ai commencé à mettre les couleurs au Palazzo Vecchio. Au moment où je donnais le premier coup de pinceau, le temps se gâta; le tocsin sonna pour appeler les gens à se rassembler. Le carton se déchira, l’eau se renversa et le vase d’eau que l’on apportait se brisa. »
Coup de vent, métaphore ?
Un malheur ne vient jamais seul. Au même moment il apprend la mort de son père et parmi la fratrie, il est le seul à ne pas être concerné par l’héritage. Quelques temps plus tôt c’était l’échec de son projet (au service de la République de Florence) de détournement des eaux de l’Arno devant inonder la ville rivale Pise.
Rien ne va.
De plus, de nouvelles menaces pèsent sur la ville de Florence et la jeune République.
Les Médicis seront bientôt de retour.
Fin novembre 1506, Vinci perçoit les derniers paiements sans avoir pu mener à bien sa commande, suit le constat amer de son commanditaire Piero Soderini : « il n’a même pas donner le commencement de la grande oeuvre qu’il devait faire » .
Le grand projet devant célébrer la République et la victoire des Florentins sur les Pisans tourne court.
Léonard de Vinci laisse sur place un travail inachevé et demande la permission de quitter Florence. On le réclame à Milan.
Le cours de l’Histoire oblige à regarder ailleurs. Léonard de Vinci va quitter la scène italienne et les florentins ont déjà d’autres chats à fouetter.
Le sémillant projet d’illustrer les héros de la République prend des allures de défaite.

Episode suivant : Michel-Ange.

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