Sciences et nuages

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Nuages et Sciences

 

L’Olympe, demeure des dieux, se tient tout là-haut, au-dessus des nuages.

Zeus, dieu suprême, y règne en maitre absolu et a tout pouvoir. Il peut même se déguiser en nuage, si bon lui semble, pour séduire une mortelle dans la plus grande discrétion. Nous le savons. Corrège, le peintre parmesan était là.

Si un simple commandement suffisait à faire venir la pluie ou détourner un ouragan… plus besoin d’implorer les dieux ou de recourir à la pensée magique !… mais comment faire ?
Pas une petite idée ?
Si, la science…

 

 

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Hervey : HLM (Série NUAGERIE)

 

 

 

A bout de force, je m’écriai : « Je suis perdue, viens au secours,
Diane, de ton écuyère à qui tu as souvent confié la mission
De porter ton arc et les flèches rangées dans ton carquois ».
La déesse en fut émue et, mettant en mouvement l’un des nuages denses, 
Elle m’en recouvrit.

 

Ovide : « Les métamorphoses » Chant de Calliopé. Livre V.

 

 

 

L’eau, nous le savons, est une denrée indispensable à la vie. Le luxe premier.
Depuis très longtemps, les collectivités humaines se sont organisées pour stocker cette denrée naturelle qui peut faire défaut à certaines saisons, la canaliser, et pouvoir en disposer à tout moment.
Chemin faisant, l’humanité s’est demandée comment récupérer le précieux liquide qui défilait sous forme de nuages au-dessus de sa tête. Observant de plus prés ces étranges passagers, voyageurs sans papier, notre curieuse espèce a tenté de comprendre le processus complexe à l’oeuvre dans la formation du nuage de pluie, pas mécontent de pouvoir un jour attraper ces réservoirs cotonneux et y brancher un robinet pour une consommation facile, à la demande.
De fait, de nombreux savants et doctes personnages, en blouse blanche et cravate, consacrent leurs temps à ces fantasques et mystérieux nuages.

C’est donc au détour des années 1930, en suivant de louables intentions, que le prix Nobel de chimie Irving Langmuir et son assistant Vincent Schaefer s’intéressent au nuage, à sa formation afin d’en comprendre les mystères, d’en supprimer les conséquences désastreuses ou mieux d’en domestiquer ses effets bénéfiques.
Ce laboratoire de recherche se nomme la General Electric Compagny et officie dans l’état de New York.
La patience est la qualité indispensable du chercheur. Après plus de vingt cinq années de tâtonnements, le hasard de l’expérimentation sourit enfin à Vincent Shaefer. En introduisant un bloc de glace sèche de -78°C dans la chambre froide d’expérimentation, le nuage miniature se mit à briller comme des cristaux de glace. Restait plus qu’à vérifier le processus en milieu naturel et le 13 novembre 1946, avec moulte publicité, l’expérience fut tentée en direct au dessus de Pittsfield dans le Massachusetts. C’est d’un avion, survolant un nappe de stratus que les scientifiques balancèrent quelques poignées de glace sèche pilée. Miracle ! Des flocons de neige se mirent à tomber de dessous les nuages.
On en fit tout un plat… mais un peu trop vite.
Au dire des deux savants, on venait de mettre la main sur les nuages, un monde nouveau s’ouvrait pour l’humanité… domestiquer les nuages, amener la pluie dans les déserts, tout devenait possible.
Au dire des observateurs plus sceptiques, ce n’était que du délire et le bon sens faisait pencher la balance du côté de ces derniers car le prix à payer pour parvenir à ses fins se montrait exorbitant.
Un troisième chercheur vint pourtant rejoindre la Compagny General Electric : Bernard Vonnegut. Lui, était persuadé que certains produits tel que l’iodure d’argent pouvaient faire office de noyau de glaciation. Aussitôt dit aussitôt fait, bingo !
La recherche se poursuivit à trois sous le nom de Projet Cirrus et le petit laboratoire passa sous la haute protection du Centre de l’Armement Naval de Californie en 1950.

Vous avez dit bizarre ?

Et l’on retrouve le nuage et le militaire et cette volonté de s’allier le concours de la nature dans les conflits à venir par le biais des nanotechnologies ensemençant les nuages pour les contrôler, les manipuler à distance et produire des effets spectaculaires. Rien de tel pour assommer psychologiquement n’importe quelle population. Science fiction direz-vous ? Oui, cela même.
Sans ironie, Bernard Vonnegut avait un frère cadet, Kurt, qui travailla un temps au département des relations publiques de la Compagny General Electric. Il était écrivain, écrivain de sciences fictions. L’un de ses livres, « La berceau du chat » raconte l’histoire d’un savant presque distingué du Prix Nobel, ayant participé à l’élaboration de la bombe H : il se nomme Félix Hoenikker et au fil de ses recherches il découvre un isotope d’eau instable qu’il baptise Glace N°9. Cet isotope a pour particularité de faire précipiter l’eau en glace et détail important, avec un effet de glaciation à -50°C pour tout ce qui est humide, entaché d’eau…
L’histoire de termine mal.
Une goutte de cet isotope Glace N°9 tombe à l’eau et, pas de chance, justement là où il y en a beaucoup.
Qu’est-ce qu’il reste ? Vous l’avez compris, bien pire que dans l’histoire de pince-mi et pince-moi.

Tant qu’il y aura des nuages !…

 

Vous pouvez aussi revoir :

Le nuage en peinture.

Nuages jupitériens.

Nuages de condensation.

Le nuage et le militaire

Nuages hors normes.

Tintin et les noctiluques.

Nuée musicale.