Une belle histoire

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Une belle histoire

 

 

En 1458 le frère Filippo Lippi âgé de 52 ans épouse la nonne Lucrezia Buti âgée de 20 ans. De cette union naquit en 1457 Filippino et Alexandra 1460 .

Filippo Lippi était orphelin de naissance.
Recueilli et élevé au couvent des Carmes de Florence il y prononça ses voeux vers l’âge de 15 ans. C’est là qu’il croise Masolino et Masaccio qui peignaient à fresque sur les murs de la Chapelle Brancacci, du nom du généreux donateur et riche drapier de son état ayant offert à la ville ce monument érigé à la mémoire de l’apôtre Pierre, patron de sa confrérie.
Les deux peintres ont pour tache d’illustrer la scène du pécher originel et des épisodes de la vie du saint selon l’évangile de Matthieu.
Cela se passe en 1424.
Hasard de l’histoire, soixante années plus tard ce sera son fils Filippino Lippi qui se verra confié la poursuite du chantier à fresque laissée inachevée par Masolino et Masaccio ces deux peintres qui influencèrent et furent à l’origine de la carrière de son père. Le fils Filippino devenu peintre à son tour se représentera lui-même sur sa fresque dans la scène intitulée « dispute avec Simon le magicien » (voir ci-dessous).

 

Mais cette étrange destiné des lieux n’est pas la seule curiosité de cette descendance.
Le jeune moine Filippo est donc séduit par la peinture et la vie mouvementé des peintres. Il s’éloigne rapidement des contraintes monastiques pour mener très librement la vie qu’il s’est choisi dans un monde tenu par la religion mais cherchant aussi à retrouver un passé glorieux fait de libertés grecques et de grandeurs romaines. Il est peintre et moine mais plus peintre que moine. Sa représentation du monde plait. Il passe aux services des Médicis, une protection bien venue compte tenu de sa vie quelque peu dissolue. Les commandes affluent, son atelier grandit.
Le Quattrocento est considéré comme la première Renaissance, c’est la première grande sortie du Moyen Age où l’on voit émerger une nouvelle classe dominante : la bourgeoisie.
Une véritable effervescence parcours toute l’Europe, le long des voies de communications des cités-états italiennes aux villes baltiques de la Hanse aux autres villes foires de France.
C’est l’ouverture des échanges internationaux grandement facilité par l’invention de la lettre de change qui permettait de se déplacer pour commercer sans transporter d’argent sur des routes peu sûres.
C’est encore de la ville de Prato, connue pour être une place financière de tout premier plan qu’est originaire Francesco di Marco Datini (1335-1410) inventeur de la lettre de change.
Et c’est bien dans la cathédrale de Prato en Toscane que Filippo Lippi peint en 1452 un cycle de fresques dédié à la vie de saint Etienne et de Jean-Batispte dont Le Banquet d’Hérode reproduit ci-dessous.
En 1456, il est nommé chapelain du couvent Sainte-Marguerite à Prato. À 50 ans, il y séduit une religieuse, Lucrezia Buti. En 1457, naît de leur liaison, Filippino Lippi. À nouveau, Lippi connaît des problèmes avec la justice florentine qui compte bien le condamner pour avoir corrompu une nonne. Pour le sauver de ce mauvais pas Cosme de Médicis, son principal mécène et ami, part pour Rome et plaider sa cause auprès du pape Pie II. Ce dernier y consent en relevant fra Filippo et Lucrezia de leurs vœux.
Lippi peut épouser Lucrezia. Lippi a 52 ans, Lucrezia 20.
Deux ans plus tard, en 1460, une fille – Alessandra – naît de leur union.

 

Filippo Lippi, le banquet d'Hérodote
Filippo Lippi : Le banquet d’Hérodote – Cathédrale de Prato- 1452/1466

 

 

 

 

filippo lippi, détail Salomé dansant
Détails, Salomé dansant

 

Filippo Lippi a très souvent représenté le charme et la beauté de sa jeune novice. On la retrouve dans la fresque Le banquet d’Hérodote sous les traits de Salomé et dans de nombreuses Maternité à l’enfant comme le tableau ci-dessous intitulé La Lippina. Est représenté aussi son fils Filippino sous les traits de l’ange qui tourne son regard vers nous.

 

Filippo Lippi : Maternité
Filippo Lippi : Maternité (1465) Tempéra 92x64m

 

Filippo Lippi a eu pour éleve dans son atelier le jeune Botticelli, ce dernier deviendra le maitre de Filippino.
Dans les deux oeuvres présentées ci-dessous on peut lire l’arrivée de Vinci dans cette « Adoration à l’enfant » et voir la forte influence de Botticelli dans cette « Rencontre de Anne et Joachim ».

 

Filippino Lippi – Adoration de l’enfant – 1483

 

 

Filippino Lippi : Anne et Joachim
Filippino Lippi : Anne et Joachim

 

Enfin juste retour des choses, si le père a donné une image du fils, le fils a aussi laissé une image du père dans une fresque, ci-dessous.

Filiippino Lippi, Portrait d’un vieil homme Musée des Offices 1485

 

Une belle histoire pour ce 8 mai 2017

 

 

 

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