Paysages de Bourgogne, derniers jours

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Derniers jours à la galerie de l’Office pour ces paysages.

expo, galerie de l'Office septembre 2019

Pas facile de filmer des travaux sous verre, surtout dans un lieu ouvert sur deux rues avec deux vitrines.

Une certaine pratique du paysage. Je m’en expliquais ainsi dans la peinture. La photo est à bonne école.


« L’air du dehors guérit » Stevenson
 
En été ou par temps favorable, je parcours souvent routes et chemins, des Alpilles au Luberon, de la Forterre au Morvan, avec de simples carnets de croquis ou m’installant en pleine campagne, travaillant directement sur le motif, renouant avec la Réalité-Nature des liens jamais rompus. Cette démarche, archaïque au regard de la modernité mais toujours innovante dans la pratique, ne se fait pas sans déplacements et un long cheminement.
A 20 ans, je parcourais à cheval de longues distances suivant des itinéraires étudiés, n’empruntant que des chemins repérables sur les cartes d’état-major, traversant le Sud, de l’Italie au Portugal.
Cette expérience de la chevauchée par tous les temps et en toute saison m’a ouvert au spectacle de la nature et sensibilisé au PAYSAGE. 
Notre époque oublie que l’homme s’est très longtemps déplacé à pied ou à cheval, et chacun sait combien la manière de voyager induit l’art de voir. 
L’homme à cheval a aussi quelques avantages sur le simple piéton. Il domine et ne fatigue pas.Il peut observer, méditer, sans se préoccuper de la marche. Cette hauteur de vue ne le coupe pas pour autant de la réalité.
Le contact avec le cheval, dans les différentes allures de la progression permet au cavalier d’appréhender physiquement la configuration du terrain. Du parcours sablonneux et silencieux d’un sous-bois au cheminement bruyant et accidenté d’un plateau calcaire, le cavalier a tout le loisir de découvrir et de percevoir les effets des effleurements géologiques. En ce sens, le cheval est véritablement une caisse de résonance, amplifiant la perception des données topographiques du terrain.
Jusqu’au XXéme siècle, le cheval fut le moyen de communication de première classe.
De Montaigne à Goethe, de Dürer à Turner, combien ont fait à cheval le voyage en Italie?
La profusion d’études, notes, croquis, ou peintures témoignent de cette présence discrète, en contre point, métaphorisante, autonome et unique ou libre et plurielle du paysage dans la peinture.
Aujourd’hui, pour se rendre à la Villa Médicis, un prix de Rome voyage avec un billet international, vol ou train de nuit.
Le voyage n’est plus une succession de paysages changeant au fil des heures et des jours suivant l’itinéraire du voyageur, mais une distance à parcourir pour se rendre d’un point à un autre dans un temps déterminé.
Avec la disparition du cheval, le PAYSAGE, privé de ce « médium » perd de son interactivité et sort du champ de la modernité. De nouveaux moyens de locomotion ont progressivement modifié, à l’usage, la sensibilité et le comportement du voyageur.
L’appareil à photo a remplacé le carnet d’aquarelles du topographe dans la fabrication des images. Le PAYSAGE, discipline picturale avec ses règles et ses valeurs ne pouvait grandir et faire école en ce siècle. Dernière lueur majeure et symbolique avec Cézanne ou prétexte pictural pour Monet, le PAYSAGE se voile et disparaît sous la peinture…
En cette fin du XXéme siècle, le développement de nos sociétés de consommation, la prolifération des réseaux routiers , ferroviaires, aériens, l’augmentation des déchets industriels, ont généré de nouveaux risques.
Les mouvements écologiques opposant une résistance salutaire à l’ivresse d’une modernité trop orgueilleuse de ses oeuvres, ont indiqué l’urgente nécessité d’agir pour protéger notre cadre de vie.
Ce souci et cet intérêt pour l’environnement fait obligation à nos sociétés de repositionner l’homme dans la nature en reconsidérant l’échelle des valeurs et des priorités.
Le PAYSAGE redevient une curiosité, un sujet d’étude, une valeur, une émotion, une image de nous mêmes.
Le PAYSAGE, rural ou urbain, nous renvoie l’image de nos projets les plus inspirés comme de nos plus mauvais calculs.
Miroir de notre société, de ses innovations et de ses malaises, il est aussi le registre caché du rêve et du labeur des hommes où s’inscrivent les signes et les particularités des sociétés qui nous ont précédées.
Quelle utilisation fera la peinture de cette émergence d’idées nouvelles?
Entre la plongée dans le virtuel, paré de tous les attraits dionysiaques de la modernité et les inclinaisons apolliniennes du paysagiste dans ses avancées sur le réel, se dessine le dilemme de l’homme en marche.
Sans vouloir assigner une fonction particulière à l’artiste, parce que « l’air du dehors guérit » le nomadisme du paysagiste est une réponse possible à son angoisse existentielle.
Hervey (sept 1995)

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