Un des « Trente trois délices » de Jin Shengtan (1608-1661).

« C’est le milieu de l’été, il fait un soleil de plomb, sans un souffle de brise ni l’ombre d’un nuage. La cour et le jardin sont comme deux fours chauffés à blanc. Les oiseaux n’ont plus la force de voler. Je suis en nage, la sueur me ruisselle de partout. Mon déjeuner est servi, mais je ne parviens pas à en avaler une bouchée. Je me fais installer une natte pour m’étendre par terre, mais le sol est gluant d’humidité; des essaims de mouches me tournent autour du cou et se posent sur mon nez – je les chasse, elles reviennent.
Au moment où j’allais désespérer, voilà tout à coup un orage qui se lève: nuées noires, grondement de mille tambours de bronze, torrents de pluie qui transforment les gouttières en cataractes. En un instant, la pluie me lave, elle purifie la terre, toutes les mouches ont disparu – et l’appétit me revient. Ah, quel délice ! »
Tiré de « L’ange et le cachalot » de Michel Leys (traduit par l’auteur).

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