Un jardin à Venise

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« UN JARDIN A VENISE »

 

« Le jardin dont j’aimerai vous conter l’histoire n’était en ce temps-là, qu’un ban de vase ».

 

Ainsi commence le récit de Frédéric EDEN : « Un jardin à Venise » joliment traduit par Marie Thérèse WEAL aux éditions Le Serpent de Mer.

 

Livre, Un jardin à Venise de Frédéric Eden, traduit de l'anglais par Thérèse Weal

 

Frédéric EDEN, lord de son état, préférant l’air de Venise au climat écossais, recherche toutefois un brin de verdure à se mettre sous les yeux.
Pas facile de dégotter un espace vert à Venise.
Commence alors une quête et une aventure qui l’occupera sa vie durant.
Ayant pu acquérir en 1884 un terrain en friche sur l’ile de Giudecca, notre aristocrate, « lassé de ne rien faire » entreprend alors d’occuper son temps à transformer ce lieu en jardin extraordinaire.

UN JARDIN A VENISE raconte en XIV chapitres bien ordonnancés cette genèse d’un lieu paradisiaque.
L’eau, l’air, la terre font parti du jardin.
Les intempéries, les insectes, les oiseaux, les animaux, les hommes le traversent. C’est beaucoup de choses à raconter, ce qui enchantera le lecteur.
Tout ne pousse pas et tout ne pousse pas de la même façon mais tout ce temps consacré au jardin sera récompensé.
« D’avril à Noël, parfois jusqu’au nouvel an russe, nous avons le plaisir de cueillir toutes sortes de fleurs parmi les milles variétés qui se plaisent ici, nous voilà comblés. » Plaisir des yeux, fleurs, odeurs, parfums mais aussi saveurs des fruits :  framboises, fraises, pêches, nectarines, abricots, pommes, prunes, kakis, nespolos, melons, pastèques, poires, figues, citrons, raisins…
Richesse et abondance viennent du jardin, mais l’eau reste l’or absolu. Le dixième chapitre et suivant content l’histoire d’eau, des puits et des hommes, puits artésiens jusqu’au tourniquet des jardiniers car un lord ne perd pas de vue le rang qu’il occupe et la distinction qui le caractérise. Il n’apprécie guère les tires au flanc ou les plaintes des ouvriers creusant les puits : « Ce joli spectacle dura des semaines à une cadence qui aurait ravi le syndicat des ouvriers britannique, jusqu’au jour où, ce rognage et ce grignotage atteignant le fond du puits, dépassa sérieusement les bornes de notre patience ».
Le monde reste ce qu’il est, yes Sir, dominants et dominés toujours là.
Les poissons, les escargots, les abeilles sont les amis des jardins, jusqu’aux vers de terre car le maitre des lieux est un lecteur avisé de DARWIN. Bientôt une vache suisse intégrera les lieux, et une quinzaine suivront. Frédéric EDEN sera amené à faire l’acquisition d’un pré sur une ile voisine pour le fourrage.
Lisez UN JARDIN A VENISE. Vous adorerez.

« En vérité, il n’est guère de meilleurs passe temps que de cultiver son jardin. Humbles et grands le savent. Quoi de plus facile et de plus sain pour se détendre, oublier ses maux et ses chagrins. Je quitterai le mien en conseillant donc à ceux qui n’ont pas de jardin d’en acquérir un s’ils le peuvent, à ceux qui en ont un d’y travailler; enfin à ceux qui ont des enfants, de leur faire aimer. »

Dans la postface du livre, la traductrice rappelle le succès que connu ce jardin parmi les élites littéraires de son temps de Maeterlinck à Rilke, de Henri James à Proust. En 2002 le jardin est devenu la propriété du peintre HUNDERTWASSER adepte de « la végétation spontanée, repiquant ronces et orties ».
Autres moeurs autres jardins.

« UN JARDIN A VENISE » : à classer dans sa bibliothèque parmi les livres rares.