No Problem …?

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Pourquoi les gens sont dans la rue ?
Au fil des trajets, une longue pelote d’inquiétudes.

Post-it : « Revendications »

Inquiétudes sur les armes atomiques.

En 1964, lors de la campagne présidentielle américaine Lyndon B. Johnson diffusa des images de propagande nommées « Daisy » très explicites.
Fort heureusement, à cette époque, l’humanité s’est ressaisie in extrémis et les Etats ont opté pour la guerre froide, instaurant une période de paix relative durant laquelle l’obésité ou les accidents de la route ont fait plus de morts que les guerres entre pays.
Malheureusement, depuis, les temps ont bien changé et la compétition aux armements nucléaires a repris dans les années 1980 montant de plusieurs crans la capacité d’anéantissement de la planète.
De nos jours, le monde compte environ (secrets d’Etats) 12 187 ogives nucléaires réparties entre neuf pays (Russie, Etats Unis, Chine, France, Royaume Uni, Inde, Pakistan, Israël, Corée du Nord) .
La Russie et les États-Unis possèdent à eux seuls, plus de 90 % de ce total.

Eros et Thanatos : « Malaise dans la civilisation » Sigmund Freud (1929)

Inquiétudes sur la montée des inégalités.

Le monde des années 80 s’est construit sur le mode économique et les Etats se sont lancés dans une étourdissante compétition de produits à consommer portée par le slogan : « enrichissez-vous ». Ce marché mondialisé ouvert à la concurrence et sans règles clairement établies a fait des perdants et des gagnants selon les pays tout en créant des disparités encore plus grande entre classes sociales d’un même pays …
Bien que l’Europe soit statistiquement la région la moins inégalitaire au monde en termes de revenus, les écarts de patrimoine (richesse possédée) y restent extrêmement prononcés.
Selon la Banque centrale européenne (BCE), les 5 % les plus riches détiennent à eux seuls près de 45 % de la richesse totale de la zone euro.
Et selon le Rapport sur les inégalités mondiales, les 10 % les plus riches de la planète possèdent environ 76 % du patrimoine total, tandis que les 50 % les plus pauvres n’en détiennent que 2 %.
Pour mesurer ces inégalités les économistes ont utilisé l’indice de GINI (déjà évoqué sur le blog).
Ces inégalités croissantes ont abimées l’idée même de démocratie et jetées un discrédit sur le politique.
Les citoyens considérent de fait que les institutions ne défendent plus leurs intérêts et doivent constater le pouvoir des puissances de l’argent à même de transformer rapidement les démocraties en oligarchies.

Inquiétudes environnementales.

Hervey 2022 Déclinaison : "Bombe climatique"
© Hervey Déclinaison « Bombe climatique »

A l’injustice sociale s’ajoute désormais une inquiétude environnementale qui pèse particulièrement sur les jeunes générations : celle d’hériter d’un monde dont les conditions de vie pourraient se dégrader durablement.
Pendant longtemps, un pacte implicite liait les générations : chacune s’efforçait de transmettre à la suivante un monde offrant davantage de possibilités.
Aujourd’hui, une partie importante de la jeunesse européenne ne considère plus nécessairement l’avenir comme la promesse d’un monde meilleur. Aux inégalités sociales s’ajoute désormais une injustice environnementale : celle de devoir assumer les conséquences de choix auxquels elle n’a pas participé.
Chez certains jeunes, elle se traduit par un sentiment d’impuissance, une perte de confiance dans les institutions, voire une difficulté à envisager sereinement leur avenir.

Faut-il avoir des enfants dans un monde menacé ?
Quel métier choisir ?
Où pourra-t-on vivre dans trente ou cinquante ans ?

Ces interrogations témoignent d’un bouleversement profond.
Le dérèglement climatique menace ainsi non seulement les équilibres naturels, mais aussi la confiance dans le progrès, la solidarité entre les générations et, finalement, la cohésion démocratique : une réelle épée de Damoclès.

Inquiétudes sur l’accaparement des ressources.

©Hervey – Post-it : « Les nouveaux ogres ».

Ici l’ogre ne dévore pas nécessairement des hommes. Il peut dévorer des territoires, des ressources naturelles, des libertés, des institutions ou l’avenir des générations suivantes et comme on voit, l’accaparement des ressources ne relève pas uniquement des États, il concerne également les grandes concentrations économiques : multinationales, intérêts financiers, propriétaires de ressources stratégiques et acteurs capables d’influencer les décisions publiques.
L’eau, les terres agricoles, les minerais, les ressources énergétiques et, désormais, les infrastructures numériques deviennent des enjeux de pouvoir considérables.
Il ne s’agit donc plus seulement de savoir qui possède quoi, mais aussi qui décide de l’utilisation de ce qui appartient, en principe, au patrimoine commun de l’humanité.
Or les systèmes contemporains d’accaparement reposent eux aussi sur des réseaux complexes d’intérêts économiques, politiques et financiers.
Mais il existe une différence fondamentale : dans une économie mondialisée, les citoyens peuvent participer à des mécanismes dont ils ignorent les conséquences.
Et nous retrouvons cette idée chère au blog :
« Si l’homme sait ce qu’il fait, il ne sait pas ce que fait ce qu’il fait. »
La civilisation contemporaine a développé une puissance technique, économique et militaire considérable, mais a-t-elle développé une sagesse politique et morale à la mesure de cette puissance ?

L’ogre appartient à l’univers des contes, mais sa voracité est devenue une réalité politique et économique.

Qu’advient-il alors d’une société quand ceux qui détiennent le pouvoir ne reconnaissent plus aucune limite à son exercice ? (L’hubris).

En guise de réflexion.

Le tyran ne possède pas en lui-même la force nécessaire pour dominer tout un peuple, c’est le peuple qui, par son obéissance, lui fournit les moyens de sa propre domination.

Etienne de La Boétie : « De la servitude volontaire » 1548.

La Boétie écrivait cette phrase devenue célèbre dans son Discours de la servitude volontaire rédigé vers 1548.
La Boétie ne considère pas la servitude comme une fatalité inscrite dans la nature humaine. Pour lui, la liberté est notre condition naturelle et c’est la servitude qui doit être expliquée.
Il identifie plusieurs mécanismes.
L’habitude, d’abord. Les hommes naissent dans un ordre social qu’ils finissent par considérer comme naturel. Ils peuvent même oublier ce que signifie être libres.
La distraction, ensuite. Les divertissements, les spectacles et les récompenses distribués par le pouvoir détournent les populations de leur condition.
L’intérêt personnel, enfin. Et c’est peut-être son observation la plus pénétrante.
Le tyran ne gouverne pas seul. Il s’appuie sur un petit nombre de proches qui bénéficient de sa puissance. Ceux-ci disposent à leur tour de subordonnés qui profitent du système.
Ainsi se constitue une pyramide de dépendances et d’intérêts.
La Boétie écrit notamment :
« Ce sont toujours quatre ou cinq qui maintiennent le tyran. »
Ces quelques privilégiés entraînent derrière eux une multitude de personnes qui trouvent un avantage, parfois modeste, à la perpétuation du pouvoir.

Un texte étonnamment moderne en ces temps que nous vivons.
A chacun d’être vigilant.

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