
On peut résumer ce court roman d’Andreï Kourkov comme une fiction policière déjantée tout droit sortie de la société ukrainienne contemporaine.
C’est donc l’histoire bizarre d’un Kiévien de trente cinq ans, quelque peu à la dérive, mal marié, qui décide d’organiser son suicide en espérant pour une fois enfin, faire parler de lui.
Pour parvenir à ces fins, il met au point un stratagème original, à savoir, se trouver (plus secrètement que discrètement) un tueur à gage chargé de l’éliminer.
Assurément, ce genre d’opération n’est pas simple à programmer, de plus, on s’en doutait, il ne dispose pas de gros moyens … Il lui faut donc compter avec ce qui se présente et là le monde complexe et interlope de la société ukrainienne aux alentours des années 2000 devrait se montrer une alliée de circonstance plutôt fiable pour lui faciliter la tâche, importante à ses yeux et qu’il a à coeur de réussir puisqu’il est convaincu que cette dernière et ultime motivation devrait lui assurer une renommée … posthume.
On est surpris, on pense quelque peu à Thomas de Quincey et on sourit aux premiers mots du récit.
La rencontre d’un camarade de lycée nommé Dima qui tient boutique dans le quartier du Podol* à Kiev sera le lieu où l’on s’épanche en sirotant du whisky ou de la vodka tout en piquant dans « un bocal d’olives de Chypre et une boite de crabe du Kamtchatka ». C’est là dans la boutique de Dima que tout va se tramer mais sans que Dima ne soit mis dans la confidence de la vraie motivation de son ami …
Dans le déroulé des conversations Tolia va pouvoir se payer un « killer » en servant de faut-témoin au patron de Dima qui veut lui, se séparer de sa femme. Rien de très honnête dans ces prestations de services …
Rien de très honnête non plus avec son ami Dima à qui il fait croire qu’il cherche un tueur à gage pour dégommer l’amant de sa femme … alors qu’en réalité Tolia n’a pas le courage de se suicider et cherche un « killer » pour lui-même, pour commander son propre meurtre.
La mort entre dans un circuit économique et se transforme en service marchant typique des sociétés mafieuses, assez drôle mais très noir.
L’histoire se corse lorsque Tolia retrouve petit à petit des raisons de vivre …
L’absurde refait surface avec une certaine ironie adressée au lecteur : Tolia, comment vas-tu pouvoir arrêter cette machine que tu as toi-même organisé ?
Comment vas-tu faire pour annuler une Fatwa que tu as toi-même imaginé et commandité … ?
Renversement de situation et nouvelle épopée jalonnée de quelques morts à la clé …
Ainsi va le monde chez Sergueïtch Kourkov, les hommes naviguent à vue, bricolant leur vie, avançant d’un pas pour reculer de deux, surtout attachés à rester vivant dans un monde devenu déraisonnable.
*Ville basse à Kiev.

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