De la difficulté d’y voir clair.

Jasper Johns : « La cible » (1961)

Paradoxe et aveuglement des temps présents.

Les grandes découvertes technologique nous ont permis de voir depuis l’espace un bateau se déplacer sur les océans, de repérer des avions positionnés sur un terrain d’aviation mais paradoxalement, qui dit mesures dit contres mesures et l’espionnage par satellites avec GPS, GLONASS, BeiDou ou Galileo peuvent être brouillées, leurrées (spoofing) ou possiblement contournées.
Du coup c’est comme un brouillard qui s’est répandu sur le monde, un brouillard destiné à rendre opaque une réalité devenue trop visible.
Paradoxe !
Une réalité trop voyante aussi dans le domaine de l’information, qu’il convient de brouiller, travestir. De nouveaux investisseurs se présentent avec ses cohortes de partisans, d’éditorialistes et ses colonies de perroquets aptes à transmettre l’information aux services d’Etats ou d’intérêts privés, combinés aux algorithmes des réseaux sociaux, regroupant les opinions par humeurs du moment.
Le péril de notre époque est peut-être là, lorsque le brouillage militaire rejoint le brouillage de l’information.
Le militaire a besoin de voir juste pour agir. Le journaliste a besoin de voir juste pour dire. Le citoyen a besoin de voir juste pour juger.
Mais tous trois avancent désormais dans un monde où les instruments du voir sont devenus eux-mêmes des cibles.
Problème !

Comment y voir clair ?

Post construit avec ChatGPT 5.4

La guerre moderne ne détruit pas seulement des armes.
Elle détruit des repères.
Elle brouille les signaux, fausse les cartes, trouble les capteurs, déplace les coordonnées.
Elle ne cherche plus seulement à abattre une force.
Elle cherche à désorienter une intelligence.

Or ce qui vaut sur le champ de bataille vaut désormais dans l’espace public informationnel.

Là aussi, il existe des radars : journalistes, témoins, enquêteurs, archives, chercheurs, citoyens attentifs.
Là aussi, il existe des brouillages : propagandes, récits prémâchés, commentaires en meute, images sans contexte, indignations pilotées, faux experts, voix synthétiques, visages fabriqués, savoirs orientés.

Le faux d’aujourd’hui n’est plus grossier.
Il est soigné.
Il est documenté.
Il est plausible.
Il porte cravate, graphiques et ton modéré.
Il a le visage du vrai.
Le danger n’est donc plus seulement le mensonge.
Le danger, c’est le mensonge qui a appris à parler la langue de la vérité.
Dans la guerre électronique, on ne supprime pas toujours le signal : on le contrefait.
Dans la guerre de l’information, on ne supprime pas toujours le réel : on en fabrique une imitation crédible.

Ainsi le problème de notre temps n’est pas seulement l’ignorance.
C’est la confusion.
Trop de messages.
Trop d’images.
Trop de récits.
Trop d’alertes.
Trop de certitudes instantanées.
Et, au milieu de cette abondance, une difficulté croissante à distinguer le fait, la preuve, l’interprétation, le décor.

Le militaire veut voir juste pour agir.
Le journaliste veut voir juste pour dire.
Le citoyen veut voir juste pour juger.

Mais tous trois avancent désormais dans un monde où les instruments du voir sont devenus eux-mêmes des cibles.
Brouiller un GPS, c’est égarer une trajectoire.
Brouiller l’information, c’est égarer un jugement.
Le premier menace l’orientation des armes.
Le second menace l’orientation des esprits.
Et peut-être le second est-il le plus grave.
Car une démocratie peut survivre au conflit.
Elle survit mal à la dissolution du réel commun.

Quand les faits deviennent flottants,
quand les images deviennent suspectes,
quand les experts peuvent être fabriqués,
quand les récits se substituent aux enquêtes,
alors la liberté elle-même perd ses assises.

La vigilance n’est donc plus un luxe.
Elle n’est plus une vertu secondaire.
Elle devient une discipline de survie.
Vérifier.
Ralentir.
Recouper.
Identifier la source.
Observer la mise en scène.
Chercher ce qui manque autant que ce qui est montré.
Se demander non seulement : “est-ce vrai ?”
mais aussi : “qui parle ? d’où ? pour quoi ?”

Nous entrons dans un âge où la vérité n’est plus seulement difficile à atteindre.
Elle doit être défendue contre ses imitations.
Voir clair n’est plus un confort.
C’est une résistance.

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