Itinéraire d’Oulan-Bator jusqu’à la montagne sacrée de Burkahn Kahldun.
« Dans les monts Khenteï, l’automne embrasait les forêts. Des incendies de feuilles flamboyantes dévoraient les pentes, tandis que les rayons de soleil venaient ratisser l’herbe jaune. Le long des pistes, les saules étaient à la fois écarlates et bleus. L’hiver était à présent si proche qu’il faisait des razzias nocturnes à travers la campagne comme un chasseur opérant sous couvert de l’obscurité.
Comme prévu, Stanley accompagné de Mandah (sa traductrice) ont repris leur chevauchée avec de nouveaux chevaux de Przewalski et un nouveau guide Zevgee. Quittant Oulan-Bator, il vont suivre un itinéraire difficile à retracer, direction Nord-est pour atteindre six jours plus tard, le pied de la Montagne divine.

Les deux cartes ci-dessus indiquent un itinéraire quelque peu fantoche.
Lors de son voyage en Mongolie (après 1990 et l’écroulement de l’Union Soviétique), l’hommage rendu à Gengis Kahn ne dressait pas son imposante silhouette sur la vallée. Elle fut inaugurée en 2008 mais il n’est pas impossible que les trois cavaliers soient passés par cette même vallée pour remonter ensuite au Nord en direction de la chaine des Monts Khenteï.
Six jours plus tard, en milieu d’après midi, « sans avoir vu âme qui vive », si ce n’est cerfs, daims et ovoo, les trois randonneurs dressent leur camp au pied de la montagne sacrée.
Leur guide Zevgee certifie qu’ils peuvent rapidement atteindre le sommet.
Stanley va suivre le guide mais à contre coeur.
Il aurait préféré consacrer sa fin de journée à la rivière toute proche, sortir sa canne et ses mouches avec l’intention de se faire une bonne friture pour le repas du soir.
Mandah décide de rester et de les attendre au camp.
1. L’ascension de Burquan Qualdun avec un mauvais guide

Pas fait pour des chevaux.
Nous ne sommes plus dans les steppes. Au Nord d’Oulan-Bator, Google Earth nous donne à voir des sommets enneigés et des forêts sauvages plus ou moins clairsemées, une végétation anarchique envahissant des terrains rocailleux, tout ce qu’il faut pour rendre impossible son ascension à dos de cheval.

Dans une clairière, Stanley et le guide Sevgee tournent rituellement autour d’un ovoo.
En début d’ascension, les cavaliers tombent sur un premier ovoo.
Rien de surprenant, la montagne est la demeure de Gengis Kahn. Pourtant, malgré les nombreuses expéditions pour retrouver sa sépulture, on n’a rien trouvé. Les mongols se contentent de la légende mais les archéologues cherchent toujours « les quarante vierges couvertes de bijoux et la compagnie de superbes coursiers chargées de l’accompagner dans l’autre monde ».
« Zevgee et moi avons arraché des crins de la queue de nos chevaux, nous les avons attachés à l’ove, puis nous nous sommes remis en scelle. »
Au fil de l’ascension, le terrain devient de plus en plus difficile.
Plus la forêt est dense et plus ils doivent slalomer entre les troncs épineux. Lorsqu’elle s’éclaircit, c’est pour laisser place aux éboulis sur lesquels les chevaux glissent, faisant dévaler de gros galets sur les pentes qui vont s’écraser plus bas, avec fracas, stoppés par les troncs d’arbres.
De plus, le soir tombe, sous les arbres, il commence à faire sombre.
« Pour finir, cependant, la pente est devenue trop raide. Nous sommes descendus de cheval et nous avons grimpé vers le sommet, à quatre pattes par endroits » …
« Finalement, nous sommes sortis de la zone boisée pour nous retrouver sur les épaules de la montagne, où la neige s’était accumulée en masses profondes. »
Tout juste le temps d’admirer le paysage, céder au rituel en tournant trois fois autour d’un nouvel ovoo, laisser son offrande, ouvrir une petite bouteille de Vodka … alors que le soleil était sur le point de disparaitre …
Au détour de la page, raisonne aussitôt une musique stridente prévenant des dangers. Il fera nuit dans peu de temps et avec leurs chevaux, affronter la descente, une descente aussi périlleuse, sans tracé aucun … dans le noir, qui plus est …

« La Mongolie était à nos pieds … Aussi loin que portait le regard, pas une lumière ne venait rompre la grisaille du crépuscule. Le seul bruit était celui du vent … »
… Le temps de pester contre le guide qu’il regrettait d’avoir écouté :
» Zevgee était une exception parmi les guides, je le trouvais antipathique. Il avait un visage écrasé de chauve-souris dont le radar aurait mal fonctionné. Il était évasif et faux-jeton … »
… et il faut bien redescendre.
2. La descente
La descente « fut un véritable cauchemar ».
On l’imagine.
Les mêmes types de terrains vont se présenter dans le sens de la descente cette fois. La montagne n’a pas changé et le simple fait de descendre est plus dangereux.
L’obscurité n’arrange rien, si ce n’est que l’on mesure mal le danger.
Hommes et bêtes vont devoir dévaler d’autres éboulis, éviter de glisser, de se cogner contre les arbres, ou de renoncer à la direction prise, obligé faire demi-tour devant des passages infranchissables, par moment même, « les sous-bois étaient trop denses pour faire faire demi-tour aux chevaux » précise l’auteur, « il fallait les persuader de marcher à reculons … «
On imagine.
« Zevgee geignait, pleurnichait, s’asseyait parmi les pierres pour hurler à la mort. A un moment donné, il a découvert dans les profondeurs de son tel une boite d’allumettes et il s’est mis à aller et venir à travers les arbres en s’éclairant tant bien que mal, comme s’il était à la recherche du remonte-pente le plus proche. Ses allumettes de fabrication chinoise n’ont pas fait long feu. »
On imagine.
… « Pour finir, j’ai repéré un feu de camp, assez loin sur la droite et bien au-dessous de nous » …

« Vous en avez mis du temps ! Qu’est-ce qu’il vous est arrivé ? a-t-elle demandé. »
« Une heure plus tard, écorchés, meurtris, épuisés, nous sommes sortis des arbres en trébuchant, dans la clairière où Mandah était occupée à faire du thé sur le feu. »
…
La suite au prochain numéro.




