Question anodine que l’on pose ou que l’on vous a déjà posé au détour d’une conversation avec un ou une étrangère lors d’un échange de bon aloi.
« D’où êtes-vous ? » : à chacun d’y répondre … mais très souvent, la réponse peut se lire dûment tamponnée sur votre carte d’identité …
Pour autant, elle peut différer quelque peu … si vous-même, vous vous posez la question : « d’où suis-je ? »…
La réponse à cette question m’est venue, par surprise, il y a bien longtemps. Je m’en souviens, je rentrais d’une randonnée d’une douzaine de jours, guidant un groupe de cavaliers sur les sentiers du Luberon et plus loin dans les alpes de Haute-Provence puis retour par des chemins différents.
C’était lors de la dernière étape, le dernier jour, nous venions de franchir la vallée de la Durance servant de frontière entre deux départements, quittant les montagnes du Luberon pour entrer sur le territoire des Alpilles. Très vite, dans les derniers kilomètres, les chevaux sentant l’écurie ne s’étaient pas fait prier pour prendre le galop sur un chemin sablonneux le long du Canal des Alpilles. Sachant qu’ils connaissaient mieux que personne le point de chute, j’ai laissé partir tout ce beau monde décidant de rentrer sans me presser, seul, dans la nature silencieuse en ce début d’automne, content de retrouver ces paysages connus, de taille harmonieuse, libres et ordonnés, collines tatouées fermant l’horizon au Sud parmi les oliviers à ma gauche et leur faisant face, sur ma droite, ces terres laborieuses abritées du Mistral derrière les rangées de cyprès. Au soleil déclinant. le temps était comme suspendu, rythmé au seul bruit des pas de ma monture sur le chemin longeant le canal. Envahi par une soudaine bouffée de sensations bénéfiques, j’éprouvais une joie profonde, heureux d’appartenir à ce paysage, d’être lié affectueusement à cette nature, et tel un Ulysse débarquant incognito dans son ile d’Ithaque, heureux de me retrouver en pays connu, prenant subitement conscience pour la première fois du sentiment d’appartenance à un lieu, un pays, mon pays, ce pays « d’où j’étais » … originaire.
🙂
Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, j’ai souvent changé de lieu, quelque peu balloté comme beaucoup selon les lois secrètes du hasard et des nécessités … puis un jour, compulsant des archives familiales, j’ai retrouvé d’anciens documents datant de l’époque de mon grand-père, mentionnant un terrain cadastré situé à l’écart dans les collines sur la commune d’Eygalières … ce jour-là, le bruit feutré de la marche du cheval sur le chemin sablonneux m’est revenu comme une musique, ouvrant le film de la boite à images, réveillant cette fidélité particulière au paysage et m’invitant à régulariser la situation. En effet, bien que m’acquittant depuis des lustres d’une taxe foncière pour ce bout de terrain sans valeur, je n’ai pas retrouvé l’acte de propriété. Il n’y en a pas. Rien d’autre que ce vieux syndrome toujours en mémoire, venant me rappeler d’où je viens, d’où je suis.
J’ai donc entrepris cette démarche depuis plusieurs années mais toujours en attente du document en question …
C’est ballot, cet attachement à un paysage qui depuis s’est urbanisé en résidences cossues, émiettant son territoire en une multitudes de propriétés fermées, isolées derrières de grands et hauts portails.
Le monde change, change chaque jour; les graffitis disparaissent et les vieux murs se présentent avec de nouveaux habits.
C’est ballot. J’en conviens mais je compatis en pensant à tous les exilés, à tous ceux qui ont du quitter leurs pays, à tous ceux qui seraient heureux d’y poser les pieds et y vivre à nouveau.
Une histoire que vient aussi percuter tout autrement l’actualité.



Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.