La fermeture du Détroit d’Ormuz par l’Iran et les représailles punitives et précipitées des forces américaines et israéliennes, vont-elles pénaliser les industries polluantes et réduire la consommation des énergies fossiles dans le monde ?
Non, pas vraiment.
Pour l’instant, sur zone, ça pollue un max et les répercussions sur l’environnement s’annoncent chaque jour plus néfastes.
On devrait plutôt déplorer la situation actuelle et pointer le terrible bilan de ces gigantesques destructions. Pas le cas.
Les frappes sur des installations gazières et pétrolières, les incendies, les fuites, la désorganisation du trafic maritime et les risques sur les sites côtiers produisent d’abord une dégradation locale brutale de l’air, de l’eau et des milieux marins puis, le conflit armé endommage les sites énergétiques majeurs, perturbe le trafic maritime et expose la zone à des incidents répétés sur mer, avec des navires touchés et des marins tués ou bloqués.
Lorsqu’on pense à toute l’ingéniosité déployée par les hommes pour extraire toute cette richesse puisée dans les entrailles de la planète, on reste médusé devant l’absurdité d‘un tel processus de destruction qui s’étend chaque jour, touchant d’autres richesses, d’autres villes, d’autres infrastructures, d’autres vies.
Une absurdité presque parfaite.
Sommes-nous face à un nouveau Potlatch ?
Le détroit d’Ormuz concentre environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz ; sa paralysie fait monter les prix, pousse les États à sécuriser d’urgence l’approvisionnement et relègue au second plan les préoccupations écologiques de long terme.
Dans un tel moment, la logique de guerre efface la logique climatique.
Nous sommes là devant une absurdité presque parfaite : on brûle davantage pour se battre autour de ce qui permet déjà de brûler trop.
Comment une espèce capable d’extraire, d’inventer, de bâtir, d’affiner tant de techniques, consacre-t-elle subitement tout son génie à organiser sa ruine ?
La guerre donne souvent l’illusion d’une rationalité stratégique, mais vue de loin, cela ressemble surtout à un immense gaspillage du monde.
On détruit non seulement des objets, mais du temps humain condensé, des années de travail, de connaissance et d’efforts collectifs.
Les dégâts actuels sur les sites énergétiques, les routes maritimes, les réseaux d’eau et les zones habitées dans le Golfe en sont une illustration immédiate.
La guerre devient une machine à convertir des richesses du sol et du travail humain en fumée, en ruines et en poisons.
Marcel Mauss a décrit ces grandes fêtes de don, de rivalité et de prestige, où l’on peut effectivement dépenser, donner ou même détruire des richesses accumulées, non pour produire davantage, mais pour affirmer un rang, un honneur, une puissance symbolique.
Georges Bataille reprenant cette idée dans son livre La Part maudite, montre que l’être humain ne fait pas qu’accumuler : il doit aussi dépenser l’excédent, parfois de manière somptuaire, festive, sacrificielle, ou catastrophique et range dans cette “dépense improductive” le luxe, les fêtes, les cultes, mais aussi les guerres, soulignant cette caractéristique du trait humain consistant à consumer, brûler et anéantir ses richesses avec autant de jubilation que de violence.
Une leçon de vérité anthropologique.
C’est bien le cas !
Marcel Mauss avait remarqué chez nos ancêtres que les hommes savaient s’organiser pour faire une grande fête et dilapider en un jour toutes les richesses accumulées en une année.
Dans ses pas, Georges Bataille a montré ce que les analyses géopolitiques laissent souvent dans l’ombre : une guerre n’est pas seulement une lutte d’intérêts, c’est aussi une formidable dépense de richesses.
On extrait, on raffine, on transporte, on organise, on mobilise un immense capital matériel et humain — puis on le convertit en destruction.
Ce n’est pas seulement absurde moralement ; c’est aussi une manière pour les sociétés de “brûler” un excédent de puissance, en mode tragique.
Le fait que le conflit soit décrit aujourd’hui comme une guerre impliquant trois Etats, les États-Unis, Israël et l’Iran (et probablement d’autres en attente) représentant trois religions monothéistes concurrentes, renforce cette lecture.
Chez les Grecs, l’hubris est ce moment où la puissance ne connaît plus sa mesure et joue un rôle d’accélérateur, poussant la logique de puissance à la surenchère.
Dans les conflits actuels on a pu observer chez Donald Trump des déclarations de victoire et d’autosatisfactions (bombardements des sites nucléaires iraniens, effet jubilatoire lors de la capture du président du Vénézuéla), suivies de menaces de frappes encore plus vastes sur les infrastructures énergétiques, hydrauliques et civiles (alors que les objectifs de guerre restaient flous ou incomplets).
Mêmes déclarations de victoire côté israélien sitôt les premières réussites, produisant chez leurs dirigeants une impression de toute-puissance confirmée. Reuters rapporte par exemple que Benyamin Netanyahou a publiquement présenté la guerre comme une occasion de remodeler durablement les routes énergétiques régionales au profit d’Israël, alors même que les capacités iraniennes ne sont pas totalement anéanties selon l’AIEA.
Donald Trump en menaçant de détruire les centrales iraniennes si Ormuz n’était pas rouvert sous 48 heures, cède à son hubris, démontrant qu’une position de force peut pousser non à la retenue, mais à l’escalade verbale et stratégique le poussant à la faute au regard de ses engagements électoraux.
Un autre combustible alimente en interne les trois belligérants déclarés : le religieux. Trois monothéismes soufflent sur les braises et entretiennent le fond irrationnel des convictions jusqu’à l’ivresse.
L’hubris grec rejoint « la part maudite » de Bataille pour rappeler à quel moment le monde des hommes s’égare et comment il court à sa perte.

Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.