Déclinaison : Le travail à l’agonie

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Déclinaison : « Le travail à l’agonie ».

L’homme et le travail tous deux à la peine.

 

 

Dans son rapport à la machine, l’homme semble avoir atteint son picOil social et humain. L’économiste Joseph Schumpeter (1883-1950) avait théorisé la transformation de la société tirée par l’innovation et devant conduire à l’effondrement du système capitaliste. Cette grille de lecture semble correspondre au monde tel qu’il va. Elle se précise un peu mieux chaque jour,  nous laissant devant un abîme de perplexité.
Sur ces changements et leurs conséquences induites, disposons-nous encore de notre pouvoir d’arbitrage ?

 

Hervey, Déclinaison, Le travail à l'agonie

 

 

 

La machine (pensait-on) ne pourrait jamais concurrencer l’homme instruit, savant, cultivé.
La machine ne pouvait que remplacer l’homme dans des tâches secondaires et il était admis, sans l’ombre d’un doute, que les gens diplômes ayant fait des études longues gagneraient toujours bien leurs vies et s’élèveraient dans l’échelle sociale, assurément. Or, chaque jour qui passe vient affadir cette croyance et semer le doute et inquiétudes.

Les premières surprises sont nées lors de jeux très médiatisés opposant en combat singulier un homme exceptionnel dans son domaine et une machine, sans trucage.
En 1996, le meilleur joueur d’échecs Gary Kasparov confronté à une machine (Deep Blue IBM) l’emporta d’une courte tête. Il remit son titre en jeu l’année suivante. Cette fois, il dût s’incliner, démontrant au passage que la machine avait beaucoup progressé en trés peu de temps. Confrontation tout aussi spectaculaire d’une Deep Blue IBM contre un champion au jeu de go (jeu d’origine Chinoise vieux de 4000 ans) qui fait appel à des notions de contournement et de stratégies d’enfermement et tout dernièrement au jeu du poker faisant appel à la dissimulation et au bluff, notions difficilement mesurables (croyait-on) et non assimilables par une machine. Hélas… la machine, dopée au big data prit l’avantage, ne laissant aucune chance à ses adversaires tant au jeu de go qu’au poker avec une surprise pour les techniciens programmeurs ne comprenant pas comment la machine avait pu simuler, bluffer de sa propre initiative.

Le choc très médiatisé de ces combats de titans et la victoire de la machine révéla au grand public ce qui était déjà en marche dans la société : le remplacement de l’homme par la machine (voir la déclinaison : « Robovolution »). L’informatique couplée à l’Intelligence Artificielle allait encore plus loin s’attaquant à d’autres activités plus lucratives et à hautes valeurs ajoutées tels que les diagnostics médicaux, l’évaluation des transactions boursières,  de plus, d’autres innovations issues de l’informatique et très présentes dans l’actualité viennent perturber nos moyens d’échanges marchands avec l’arrivée des crypto-monnaies ou monnaies numériques.
Après l’industrie et le commerce, c’est au tour de la santé, de la banque et de l’assurance…tous les secteurs du tertiaire sont touchés.
« Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés » contait Jean de La Fontaine dans la fable « les animaux malades de la peste ».
Prévisions et annonces vont dans le même sens et prédisent une amplification du phénomène.

Si la machine peut remplacer avantageusement l’humain correctement formés, issu de grandes écoles, d’une manière encore plus efficace, plus sûre, plus docile et à moindre coût, quel espace réservé pour l’homme, comment gagnera-t-il sa vie selon l’expression consacrée puisque le travail disparait, enlevé par la machine ?

  • Selon Moshe VARDI, directeur de l’Institut d’Information Technologique de l’Université de Rice au Texas, ce serait plus de la moitié de l’humanité qui pourrait être mise au chômage par l’automatisation des robots et le développement de l’intelligence artificielle (IA). Selon le rapport Mc Kinsey, l’automatisation supprimera entre 400 et 800 millions d’emplois d’ici 2030, et 375 millions de personnes devront se reconvertir, mais certains emplois comme la gestion de personnes, les jardiniers, les plombiers, ceux qui s’occupent des enfants ou des personnes âgées, ne seront pas inquiétés par la robotisation.
  • L’innovation se décline elle-aussi sur tous les tons, allant crescendo, jusqu’à l’ivresse délirante des transhumanistes. En avant toute, laissons le vieux monde derrière nous.
  • Si le travail disparait du fait de la robotisation et des innovations dues à l’IA, ne faudrait-il pas revisiter des propositions déjà évoquer au XIX ème par Sismondi et instaurer une taxe sur les robots et autres avancées de l’IA comme le propose depuis plusieurs années déjà l’anthropologue Paul Jorion ? Le bon sens même, mais difficile à mettre en oeuvre dans un monde toujours dirigeait par l’attelage des possédants qui retiennent et temporisent et des compétiteurs qui le nez dans le guidon ne souhaitent pas que l’on change les règles qui leurs sont favorables.
  • Les bienfaits de l’humanité doivent être partagés et chacun devrait pouvoir en bénéficier, le progrès devant profiter à tous.
    A ce titre on pourrait envisager un monde de la gratuité pour l’essentiel, le logement, la nourriture, les déplacements, proposition judicieuse toujours de Paul Jorion.

 

La déclinaison intitulée « Le travail à l’agonie » reste marquée d’un point d’interrogation, deux poings plus exactement qui tiennent les barreaux d’une cage où s’est enfermé ce sacré animal.
Au regard des politiques suivies par les principaux pays de la planète, le chemin emprunté nous conduit vers un monde fortement inégalitaire.
Si nous n’y prenons pas garde très vite, tout sera fait pour se passer de cet excédant de populations désormais inutile à côtoyer et à entretenir.
La stigmatisation faite à l’encontre les chômeurs et des migrants sont les marqueurs du danger qui s’annonce.

Notre survie ne tiendrait alors plus qu’à un fil !

 

 

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